
La nuit tombait doucement, le soleil
se cachait derrière les hauts immeubles qui m’entouraient.
Dans la ruelle où je me trouvais, il faisait sombre, très sombre.
Un long silence planait sur moi, c’était comme si
j’étais seul au monde. J’aurais été effrayé si je
n’avais pas déjà été confronté mille fois à cette situation,
à cet endroit, à ces gestes que j’exécutais sans relâche. Les
murs de briques semblaient se rapprocher de moi mais je
n’avais pas peur. A quoi bon ? Qu’avais-je à perdre,
finalement ? Quelqu’un de plus sensé et de moins insouciant
que moi ne serait même pas entré ici. Ça m’était égal, moi.
Quoiqu’il puisse m’arriver, je n’avais pas
peur.

Je jetai un regard froid au garçon
qui se tenait en face de moi. Trapu, les yeux sombres et cernés de
maquillage, les cheveux méchés par de multiples couleurs plus
extravagantes les unes des autres, il fixait le sol et qu’il
frappait du pied nerveusement. Il n’était vraiment pas bien.
Dans un état d’agitation extrême, il ne tenait pas en place,
tremblant comme une feuille morte secouée par le vent.
Malheureusement, le vent n’y était pour rien. Le manque était
le seul responsable. Je lui en voulais d’être aussi accro à
cette merde. Et je me détestais pour l’avoir fais plonger
juste pour améliorer mes fins de mois. Maintenant, je ne pouvais
plus reculer.

Lui et ceux à qui j’avais fais
découvrir la chose étaient complètement dépendants et il était
absolument impossible que je leur refuse le produit, à moins de
désirer quelques coups de couteaux bien placés. J’étais
prisonnier. Et eux aussi.
- Tu es sur que tu la veux ? Tu peux faire machine arrière
et…
Ma proposition était stupide et dénuée de sens. Bien sur que non il
ne pouvait pas faire machine arrière !
- Fais pas le con, Keegan, balance la came !